Un métier, une carrière, un avenir

14 juillet

24 juillet 2012
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4h30 : c'est le dernier jour. Le défilé commence à 10h45 mais nous devons partir dès 6h. Petit déjeuner rapide. Certains sont déjà en tenue d'honneur, d'autres, plus prudents, toujours en civil.

5h15 : je fais le tour de ma tenue pour ne rien oublier : épée, gants blancs, pucelle de l'école et le bouillon, sorte de petite cloche en fils que l'on porte sur la main pour servir de dragonne.

6h : nous sommes dans les bus en direction de Vélizy où nous rejoignons les cadets de la République et les gardiens de la paix de l'Ecole Nationale de Police de Nîmes. Dernière pause avant de se rendre sur les Champs Elysées pour la mise en place et l'attente.

Nous repartons dans un long convoi encadré par des motards. L'autoroute nous est réservée afin de faciliter l'entrée dans la capitale. Ce sont des dizaines de bus qui doivent converger vers les Champs Elysées sans créer trop de difficultés pour les parisiens. L'armée prend en charge la circulation, et, dès notre arrivée sur Paris, des militaires nous orientent.

8h10 : les Champs Elysées approchent. Tout le monde prépare ses affaires : une fois déposés, il sera impossible de récupérer quoi que ce soit dans le bus. Nous arrivons. De nombreuses unités sont en place. Je suis déjà debout, comme la majorité de mes collègues, impatient de descendre. Le bus s'arrête quelques secondes et repart immédiatement après nous avoir déposés. La revue du Directeur Général de la Police Nationale (DGPN) est prévue à 9h. Nous avons du temps.

La Police nationale est placée à la fin du défilé des troupes à pied. De notre emplacement, j'ai une vue imprenable sur toutes les unités situées en aval. Tout le monde profite de ce moment. L'avenue est calme malgré les milliers de professionnels l'arpentant dans tous les sens. Lors de nos entraînements, nous avons croisé toutes les unités participantes. Mais c'est la première fois que nous sommes tous en tenue d'honneur et on sent beaucoup de fierté, dans tous les " paquets ". Il y a encore peu de public. Les gens nous photographient, nous demandent qui nous sommes...
Je retrouve des collègues officiers pompiers dont j'avais fait la connaissance lors des rencontres du réseau des écoles du service public (RESP), des motards CRS et des amis de passage placés derrière les barrières. Une sorte de va-et-vient irrégulier entre tous les " paquets " se déroule devant mes yeux où tous les métiers se mélangent. Heureux et souriants, nous croisons les personnels soucieux et concentrés chargés de l'organisation. Nous prenons photos sur photos.

8h40 : certains " paquets " se mettent en place. La revue du DGPN concerne la police, le Général HECK passera lui aussi les troupes en revue à 09h20. Tout le monde s'agite. L'effervescence redescend un peu pour faire place à la concentration. Je rentre doucement dans mon rôle même si le défilé est encore loin. Penser à monter assez haut mon bras droit, maintenir en place mon bouillon, veiller à mon port de tête, ma ligne d'épaules, mes alignements en ligne et en colonne et surtout, surtout garder le pas ! Les essais de sonorisation du défilé me sortent brutalement de mes préoccupations... Il est temps de se mettre en place pour la revue du Directeur.

08h59 : le chef de corps nous met au garde à vous. Nous présentons notre épée au Directeur qui commence sa revue juste à l'heure. A l'approche de celui-ci un " top " retentit et le porte étendard abaisse à 45° le drapeau tricolore de l'Ecole Nationale Supérieure de la Police (ENSP) ; simultanément les " encadrants " abaissent leur arme. Monsieur le Directeur se place devant notre drapeau.

09h10 : la revue police est terminée, suivie immédiatement par celle du Général. J'attends de nouveau le début du défilé prévu à 10h30.

Au bout de l'attente, on distingue les unités placées plus bas se mettre en place. La musique, entendue maintes et maintes fois lors de nos répétitions, retentit. Cette fois, c'est le grand moment. Une file d'attente de femmes et d'hommes s'ébranle doucement, au même pas. On avance de quelques dizaines de mètres pour s'immobiliser de nouveau, toujours en cadence. L'image de ces amas dandinant doit être saisissante. Après quelques secondes, nous repartons pour de nouveau nous arrêter un peu plus loin. S'il y a beaucoup de spectateurs aux abords, ils ne voient malheureusement pas le vrai défilé qui commence réellement une fois lancé en direction de la tribune présidentielle. Nous repartons pour ne plus nous arrêter, cette fois c'est bon, c'est à nous. Nous respectons les 50 mètres prévus entre les unités, les 6 mètres avec le chef de corps situé devant nous. Dans la garde au drapeau, nous ne sommes que 6. On parle peu, en tout cas je n'entends pas grand chose. On s'aligne autant que possible sans trop crier. L'environnement est bruyant, on entend à peine les applaudissements, on ne distingue personne.

Je suis dans une bulle. Je me vois marcher, je regarde mon bras se lever, toujours à la même hauteur, mon pas se régler sur la musique. Je répète les mêmes gestes en tentant d'être à l'unisson avec mes collègues. Sur le bord de l'avenue, des panneaux nous indiquent la distance restant à parcourir avant d'atteindre la tribune présidentielle. Les mètres s'égrènent doucement... 650... 500... Nos régulateurs CRS, présents depuis le début à nos côtés, disparaissent sans avertissement. J'entends le " paquet " juste derrière nous hurler " gauche, gauche, lève ton bras, gauche, avance, t'es en retard, gauche... alignement ! " Au passage de la tribune Police nationale, tout le monde est debout, personne n'est là pour moi mais un " Papa " presque imperceptible me gonfle d'orgueil. Nous sommes désormais seuls pour passer devant la tribune présidentielle. Je la fixe. La musique est beaucoup moins forte. Un flottement, un calme, une pression immense s'abat sur moi : nous sommes à l'éclatement, je sais que la télé ne diffuse plus que ces quelques mètres carrés que nous traversons. Tout le monde nous regarde. Surtout ne pas lâcher l'épée, ne pas perdre le pas... J'ai juste le temps d'entr'apercevoir le Président de la République avant de tourner vers la droite. J'ai la vue un peu trouble. La pression retombe instantanément alors que nous abordons le pont de la Concorde, fermé au public, désert. La musique s'éloigne doucement, je ne fais plus attention à rien et mon pas reste le même. Je suis seul, face à l'Assemblée nationale. Je fixe son drapeau, le regarde flotter doucement dans un ciel bleu, parsemé de quelques traînées blanches. Plus personne ne parle, je suis calme, apaisé, j'ai défilé sur les Champs Elysées.

©DRCPN/SDFDC/DREC/MPRPC


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Réactions à ce billet : 20 commentaire(s)
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Jordan a dit :

dimanche 24 mars 2013 15:48:19

Bonjour, ayant un C.A.P je c €˜est que je ne peu pas devenir gardien de la paix directement .
Ayant des difficulté scolaire vous conseillerez plus cadet de la république ou ads?
et moi j' aimerais être commissaire comment faire?

Merci

Marwan a dit :

samedi 02 février 2013 16:28:07

Hello Teddy !
Merci pour ton message.
J'espère que tout va bien pour toi.
Cordialement !

Teddy a dit :

vendredi 18 janvier 2013 16:42:13

Franchement, félicitation Marwan, ça doit te changer de la 46 blunk
En esperant que tu puisses avoir l'affectation que tu souhaites et peut être te revoir parmis nous.
Teddy (46)

Benoit a dit :

vendredi 02 novembre 2012 11:01:59

daccord et merci cyril

Cyril a dit :

mardi 30 octobre 2012 14:47:39

Mea culpa, mon doigt a effleuré la touche Entrée.
Je reprends:
Pour tes questions relatives à ta vue, je ne peux pas te renseigner mais encore une fois tu dois pouvoir trouver les conditions d'accès à ce concours sur Internet.
Attention, le concours Gardien est difficile et très sélectif.
Les demandes sont très nombreuses et n'aboutissent pas toujours. Mais si tel est ta réelle envie, alors rien n'es impossible. Il te faut du courage et du dévouement.

Cordialement.

Cyril a dit :

mardi 30 octobre 2012 14:44:42

Bonjour Benoit,
Je dis ça à toutes les personnes qui posent des questions quant aux conditions d'accès aux différents concours: Des rubriques et des pages existent dans le but de renseigner et de répondre à toutes les questions que vous pourriez vous poser sur les métiers de la police. Vous pouvez directement aller vous renseigner dans un commissariat où se trouve de la documentation et où vous pourrez, avec de la chance, discuter avec des Gardiens de la Paix.
Pour ton inquiétude concernant la natation, aucun épreuve n'est prévue dans le concours de la Police Nationale. Pour la Gendarmerie c'est différent.
Quant à tes questions relatives à ta

Benoit a dit :

jeudi 04 octobre 2012 17:30:05

Bonjour,
Actuellement en classe de 3eme cette année, je voudrait devenir gardien de la paix de la police nationale depuis tout petit mais je porte des lunettes et je ne sais pas nager cela pose t-il problème. Il parait que la limite des verres est 3 dioptrie moi j'ai 2.00 et 2.50 donc normalement pas de problème. Merci de me répondre.

Marwan a dit :

jeudi 27 septembre 2012 21:14:04

Tout est dit !
Merci Cyril

Cyril a dit :

jeudi 27 septembre 2012 16:23:14

Bonjour Allan,

Je suis motocycliste et je regarde actuellement pour créer un blog concernant ce métier.

Rapidement, tel que l'a précisé Marwan, il faut être déjà Gardien de la Paix, gradé (Brigadier, Brigadier Chef ou même Major pour certains), ou Officier depuis au moins 2 ans. Il faut satisfaire aux présélections motocyclistes qui regroupent des épreuves de sport, de pratique de la moto, et des épreuves psychotechniques et de droit (code de la route, droit pénal), ainsi qu'un oral de motivation éliminatoire. Les épreuves durent 3 jours.

Quant à l'éventuelle question que tu pourrais te poser: Il n'existe qu'un seul Commissaire de Police motocycliste et il se trouve à la Compagnie Motocycliste de Paris Rue Chanoinesse dans le 4e. Un homme très compétent.

Pour la durée de formation des Officiers motocyclistes, elle est de 5 semaines et 15 pour les Gardiens de la Paix et gradés. Mais les exigences sont différentes et les stages difficiles. On compte un peu moins d'un tiers de réussite aux stages motocycliste.

Bien à toi Allan, je te souhaite bon courage. Si tu décides d'emprunter cette voie et si tel est ton ambition, alors sois courageux et le travail paiera.

Cordialement.

PHOENIX a dit :

mercredi 26 septembre 2012 20:22:45

Bonjour Monsieur le commissaire


Toutes mes félicitations.


Cordialement

Marwan a dit :

samedi 22 septembre 2012 07:48:21

Bonjour,
Kami: l'âge n'est pas un obstacle dés lors que l'on est capable de le justifier correctement.
Allan: la formation motocycliste est ouverte aux gradés et gardiens. Il suffit d'y candidater une fois que l'on a intégré la police. Le commissaire n'a pas vocation à être motard de la police. Concernant les officiers, ils peuvent suivre une formation plus courte (3 semaines me semble-t-il contre 15 pour la formation des gardiens)

Cordialement

allan a dit :

jeudi 20 septembre 2012 07:45:45

bonjour marwann , je n'est que 16 ans , mais je suis fan de ce que tu fais , mais je voudrais savoir comment devenir motard de police ? car je n'est pas trouver ce renseignement sur le blog .
Si toi ou une autre personne pourrais m'aider sa serais cool !
Puis flicitation je vient de lire ton commentaire c'est enorme !

Kami a dit :

lundi 17 septembre 2012 10:54:55

Bonjour Marwan,
voilà quelques années j'échouai à quelques points de l'admissibilité du concours externe de commissaire. J'ai désormais 30 ans, et j'aurai donc 31 ans à la prochaine session. Si j'entends bien que la limite d'âge est fixée à 35 ans -sauf dérogations- pour le concours externe, mon âge ne vous paraît-il pas hors profil des candidats externes retenus?
Bien à vous.

Tawfiq a dit :

jeudi 30 août 2012 18:06:41

Merci Marwan pour ce partage d'expérience sur blog police qui est motivant pour la préparation du concours...

Cyril a dit :

lundi 13 août 2012 14:15:42

Bonjour Marwan.

Je vous félicite de nouveau pour votre article. Il retranscrit parfaitement le sentiment de fierté, d'impatience et de nervosité face à ce symbole que représente le défilé du 14 Juillet.
Je suis né ce jour et comme vous, faire parti des personnes ayant le privilège de fouler ce sol serait pour moi une grande fierté.
J'aurai le sentiment d'accomplissement. J'espère un jour pouvoir suivre vos pas et aurai nécessairement une pensée tournée vers les précédents élèves Commissaires qui sont avant moi passé par cette journée nationale.

J'aime mon Pays et serai fier de défiler pour lui comme pour moi.

Merci encore et sincères félicitations.

Défilant a dit :

jeudi 02 août 2012 16:16:43

Bonjour Commissaire

Effectivement, ce fût un grand moment partagé avec la délégation des Commissaires de l'ENSP, les lieutenants de police formés à l'ENSOP ainsi que les EGPX et les cadets de Nîmes. Sans oublier la garde drapeau du SSMI.

J'en garde aussi un bon souvenir. J'ai apprécié le rassemblement des 3 corps à Satory pour les entraînements.

Je vous ai croisé plusieurs fois sans jamais vous parler.


Mes respects Commissaire.

Marwan a dit :

dimanche 29 juillet 2012 19:40:09

Merci à vous deux pour votre commentaire. Une grande fierté oui !

Tony a dit :

jeudi 26 juillet 2012 16:34:26

...au plus haut niveau !
Continuez à écrire régulièrement sur votre formation et la façon dont vous la vivez ! Surtout sur vos stages en Ciat et lorsque vous commencerez dans votre première affectation (j'ignore à quel stade de la formation vous êtes) !
Merci encore, et très bonne continuation.
Anthony.

Tony a dit :

jeudi 26 juillet 2012 16:29:34

Bonjour Marwan,
Merci pour ce très bel article. Cela m'a rappelé ma cérémonie de fin de scolarité à l'ENP de Nîmes ! Devant tout l'école et les familles, il y avait déjà pas mal de pression !
J'imagine le sentiment de fierté qui est le votre, et défiler pendant sa formation initiale à St-Cyr au Mt d'Or doit être un bon moyen de garder la motivation au plus ha

Vincent a dit :

mercredi 25 juillet 2012 11:23:03

Bravo Marwann pour ce beau retour d'expérience. Vous avez réussi à transmettre l'émotion et la fierté qui vous ont portées ce 14 juillet. J'espère pouvoir retranscrire moi-même cette expérience un jour.
Respectueusement,
Vincent.


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