Un métier, une carrière, un avenir

L’activité en Police Judiciaire

4 novembre 2014
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Le code de procédure pénale définit les missions de la police judiciaire comme étant la constatation d’infractions, l’identification des auteurs et leur présentation devant la justice afin qu’ils soient jugés. Ces missions sont celles de tous les services d’investigation, et non pas seulement ceux dépendant de la police judiciaire en tant que direction d’emploi. Ça veut dire que tous les services « en civil » travaillent dans le but d’interpeller des suspects et de les déferrer devant le procureur de la république ou le juge d’instruction pour que ces derniers soient jugés.

La police judiciaire s’est spécialisée dans la lutte contre le crime organisé et le grand banditisme. Il s’agit littéralement de son cœur de métier.

La PJ, c’est notamment la lutte contre le trafic de produits stupéfiants, les assassinats, les vols à main armée, le racket et la délinquance financière. Le critère d’attribution peut être notamment la pluralité d’auteurs, l’implantation géographique très étendue pour les infractions commises ou la complexité des investigations à venir. Il n’y a aucune dépréciation des autres services d’investigation en disant cela, bien au contraire. Mais la PJ offre une technicité accrue et éprouvée ainsi qu’un maillage territorial affiné.
Bosser en police judiciaire, c’est la certitude de vivre une aventure humaine exaltante pour chaque affaire traitée. On est en effet confronté à ce que le genre humain peut avoir de plus sombre et de plus néfaste dans le processus criminel. Mais on travaille aussi sur l’humain : derrière chaque affaire attribuée à un groupe, il y a une victime. Et c’est pour cette dernière que nous travaillons. Il ne faut jamais perdre de vue cela !

Jeune flic, arrivé depuis peu dans un groupe d’enquête PJ, c’est devoir apprendre le boulot malgré les années d’études préalables puis le passage en école de police. Un « jeune » est ainsi pris en charge par un ancien qui devient sa « flèche », sorte de formateur sur site. C’est lui qui est chargé par le chef du groupe de développer en lui les qualités d’un bon poulet d’investigation : rigueur, capacité de travail, sens de l’observation, goût pour l’investigation et la recherche de la vérité. Ce contact avec un ancien est fondamental en PJ et marque profondément l’enquêteur néophyte en devenir.
Je me souviens comme si c’était hier : sorti de l’école de police, j’ai bénéficié d’une réelle formation professionnelle et humaine par mon premier « parrain ». C’est à son contact que j’ai appris la rigueur dans mes recherches et les finesses à déployer lors des auditions, que ce soit de témoins ou de mis en cause. C’est lui qui m’a appris qu’il faut toujours aller au plus profond des choses et de ne pas se contenter de les survoler de façon superficielle. C’est la marque de fabrique d’un « pur produit P.J. » : ça remonte à l’époque de CLEMENCEAU et de la création des Brigades Mobiles, ancêtres des services de PJ. On « gratte » comme on dit dans le jargon policier : on dépasse la couche superficielle qui recouvre les choses pour investiguer en profondeur.
Quand on débute en PJ, on commence souvent par être chargé d’investigations affinées sur un individu. On appelle ça faire des Gammes de recherches. Ça veut dire essayer d’obtenir un maximum de renseignements. Il ne s’agit pas de voyeurisme policier, mais plutôt la recherche d’informations ou d’éléments de contexte qui serviront ensuite de supports lors d’autres phases d’enquête. Les gammes de recherches sont le point de passage habituel du débutant en PJ. Mais c’est aussi et surtout la possibilité d’apprendre, de se perfectionner voire même de surprendre en dénichant une pépite. C’est le pur travail d’investigation dans lequel il y a tout à faire, tout à défricher.

Le palier supérieur est par la suite l’exercice des prérogatives offertes par la qualité d’Officier de Police Judiciaire. Il ne s’agit non pas d’un grade, mais plutôt d’une capacité judiciaire acquise après une formation longue et un examen très sélectif. Il s’agit de la qualification la plus importante au sein d’un service de police judiciaire. Elle permet par exemple de réaliser des perquisitions ou gérer des gardes à vue, le tout sous la supervision et le contrôle d’un magistrat. L’OPJ 16, c’est le sésame pour pouvoir être pleinement opérationnel dans un service de police judiciaire et mener des enquêtes de haut niveau au sein de son groupe, avec l’aide de ce dernier.

À l’occasion d’une de mes premières astreintes en tant que jeune OPJ dans un groupe chargé de la répression du banditisme, je me souviens avoir été profondément marqué par une affaire que j’ai pris en charge dès le début et dont le travail du groupe auquel j’appartenais a permis la résolution.
Il s’agissait d’un vol à main armé commis par plusieurs individus, cagoulés et déterminés au préjudice d’un restaurant un peu avant la fermeture. L’un des employés avait tenté de résister et avait été grièvement blessé par une décharge de fusil à pompe. Les malfaiteurs étaient parvenus à prendre la fuite avec la recette de l’établissement.
Des premières constatations sur place dans le fouillis indescriptible généré par l’affrontement, aux auditions de la victime, sérieusement blessée, puis des divers témoins, je me suis appuyé sur les conseils de mes anciens. Ils n’étaient pas là ce soir, mais leurs conseils se sont avérés précieux.. Je me suis littéralement lancé et ai fait ce qu’ils m’avaient appris : travailler avec rigueur et sérieux en me concentrant sur la scène de crime. Les jours suivants, j’ai bénéficié du renfort de tout mon groupe, tout en m’étonnant in petto de l’autonomie que me confiait mon chef dans la poursuite des investigations. Auditions complémentaires, travail de recherches, rapprochements avec d’autres services pour des faits similaires, compte rendus à magistrats, j’étais littéralement au centre de l’action en tant que directeur d’enquête du haut de mon ancienneté très relative. Le travail a payé, d’autant plus que nous avons eu un peu de chance aussi. Nos investigations étalées sur un peu moins d’un mois ont permis d’identifier les malfaiteurs, les domicilier, puis procéder à leur interpellation sur la voie publique au terme de quelques journées de surveillance. La poursuite de l’enquête m’a mené dans plusieurs départements du Nord et du Sud de la France pour des investigations complémentaires dans ce qui s’est avéré être la belle réussite du travail pur PJ. Un an après, j’étais cité à comparaître aux assises en tant que directeur d’enquête et un jugement particulièrement sévère condamnait l’équipe à une lourde peine de prison, mettant un terme à mon rôle dans la résolution de ce fait divers.

Quelques années après, j’ai discuté avec mon chef de groupe, m’étonnant de la large autonomie qu’il m’avait confiée dans la conduite de cette enquête. Il m’a alors expliqué qu’il avait toujours été là sur mes talons sans que je m’en rende compte, sorte de doublure discrète. Il s’agissait d’une affaire simple au demeurant, et c’était aussi pour moi l’occasion de me « faire la main » et de démontrer mes aptitudes dans ce qui s’avérait être en fait un examen de passage. Cette enquête confiée était l’aboutissement de plus d’une année de bons conseils distillés peu à peu par ma Flèche et par les anciens du groupe. On m’avait appris au quotidien mon métier d’enquêteur PJ, sans que cela soit ni lourd ni trop insistant. Le but était au contraire de développer mes connaissances professionnelles, mes qualités, et, plus important, de me donner le goût de cette traque de la vérité qui nous caractérise tous en investigation. Ce goût a par la suite été à la base du déroulement de ma carrière, comme probablement pour tous les flics de PJ que j’ai connu.


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Sofiane a dit :

dimanche 18 janvier 2015 13:56:10

Lieu de travail

Bonjour,
Avez vous une idée de la région ou il y a le plus de matière à exercer?
Quels sont les types d'affaires qui reviennent le plus souvent ?

Louis-André a dit :

mardi 20 janvier 2015 20:58:52

@ Sofiane : les grands centres urbains semblent malheureusement générer statistiquement plus d'infractions que certaines régions plus verdoyantes.
Il s'agit souvent d'infractions liées aux stupéfiants ou de faits de violences.
Pour plus de renseignements précis, vous trouverez sur Google les travaux de l'Observatoire National de la Délinquance. Vous trouverez dedans une réponse plus affinée à votre question.
Bonne lecture.

ExO a dit :

samedi 29 novembre 2014 09:30:06

Travail de groupe

Bonjour,
Comment composez-vous les binômes ?
Un chef de groupe peut-il être en binôme avec son adjoint le deuxième de groupe, par exemple.

Une autre question au niveau des procédures, j'ai vu qu'il y avait toujours un procédurier et généralement un troisième de groupe.

Est-ce souvent le cas ?

Merci pour les réponses.

Louis-André a dit :

mardi 02 décembre 2014 19:55:03

@ ExO :

Les binômes sont souvent composés d'un enquêteur expérimenté et d'un plus jeune, plus "vert". Et pour faire simple, tous deux partagent d'ailleurs souvent le même bureau. C'est la solution la plus simple, la plus facile.
En principe, le chef de groupe n'est pas binômé. Ca lui permet d'avoir une vue avec plus de recul.
Quant à l'existence d'un procédurier pur, c'est souvent la pratique dans les groupes de brigades criminelles.

David a dit :

lundi 10 novembre 2014 15:00:36

Bravo

Je me suis régalé en lisant cette nouvelle ! Félicitation pour votre travail de minutie !
Je passe le concours actuellement, le sport très bientôt. J'ai envie d'intégrer un groupe PJ !
GAV depuis deux ans, je souhaite intégrer la police pour ses missions variées

Louis-André a dit :

mercredi 12 novembre 2014 12:34:17

@ David :
Bon courage pour vos épreuves de recrutement. N'hésitez pas à fouiller sur ce site : il apporte beaucoup d'éléments de réponse qui pourraient vous être utiles pour votre concours.


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Commandant de police, chef de groupe PJ

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