Un métier, une carrière, un avenir

L'adrénaline au coeur du métier

24 décembre 2014
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Camion sur parking autoroutier

Il ne faut pas se mentir : la plupart des policiers ont choisi ce métier, car il offre des sensations fortes, incomparables, et qui te permettent d’être au centre des choses qui se passent. L’adrénaline est une de ces sensations que l’on recherche. C’est le plaisir incomparable de se sentir sur le point de réaliser une interpellation un peu compliquée, de voir une affaire sur le point d’être résolue par un long travail d’enquête, ou, tout simplement de ressentir l’excitation générée par un moment fort.

Pour ma part, c’est précisément pour cette sensation que j’ai voulu rentrer dans la police. Et y rester d’ailleurs. Je me souviens : jeune flic, je dévorais à pleines dents les moments forts de ma jeune carrière naissante. Et je n’aurais pas voulu alors être ailleurs.

Milieu des années 90 : nous avions passé toute une nuit à attendre sur une zone d’autoroute la possible arrivée d’une équipe de malfaiteurs spécialisés dans le vol de fret. Un gros dispo de surveillance et d’interpellation était mis en place. J’étais pour ma part dans le soum’, véhicule de planque, en doublette avec un ancien plus expérimenté. Toute une nuit à attendre dans un espace confiné, à regarder par une vitre sans tain, sans que rien ne se passe… Le doute et l’incertitude qui s’installe, la fatigue qui te plombe peu à peu et le temps qu’on commence à trouver long…

Et puis, un peu avant l’aube, c’est l’arrivée d’une puissante berline. Elle fait lentement le tour du parking, slalomant entre les semi-remorques en stationnement, cherchant sa cible et essayant de déceler la présence d’un dispositif policier. Le souffle se fait court et la tension monte… Les échanges radio entre tous les véhicules policiers commencent à crépiter, à se faire précis et laconiques. Il ne faut pas occuper trop longuement la fréquence radio pour ne pas nuire au passage des informations.

Je suis dans la cuve et c’est moi qui ai la priorité à la radio. Je suis les yeux du reste du dispo. À moi d’être le plus précis dans mes messages. La responsabilité est sérieuse : à moi de ne pas me louper… Je suis débutant dans la profession et j’ai le stress…

Le véhicule se gare tout prêt du fourgon banalisé dans lequel mon collègue et moi sommes dissimulés. Un des malfaiteurs en sort puis vient observer à travers la vitre sans tain de notre véhicule. Ce n’est pas bon ça ! On fait le silence radio et nous devenons aussi silencieux que possible. La pression monte quand je vois mon collègue sortir son arme de poing et me regarde, mettant son doigt sur la bouche et me demandant d’être extrêmement silencieux… Le rythme de mon cœur s’accélère et j’essaie de contrôler ma respiration… Le malfaiteur insiste pour essayer de voir à travers les vitres sans tain, puis essaie d’ouvrir les portes du fourgon de surveillance. Le temps s’arrête et l’ambiance s’alourdit. Sensation incomparable que celle de se sentir sur le fil du rasoir : tout peut basculer d’un instant à l’autre…

Puis, manifestement rassuré, le malfaiteur fait signe à ses collègues. Ceux-ci sortent de la voiture et commencent à entailler les bâches des semi-remorques à grands coups de rasoir. Ils regardent de quoi sont faites les diverses cargaisons. Leur choix s’arrête sur un camion rempli de produits d’une grande marque de cosmétiques, articles susceptibles de se revendre facilement sur le marché noir. Ils sont rejoints par un petit utilitaire qui se gare à proximité de la remorque.

Je reprends la radio et passe la description. Les malfaiteurs commencent à décharger rapidement les cartons de parfums et les entassent dans leur utilitaire. Le Flag’ est constitué ! Le chef de dispo décide de les laisser refroidir un peu : encore 30 secondes de déchargement pour les malfrats qui m’impressionnent par leur rapidité, certains de leur bonne affaire.

Le top interpellation est donné par le chef de dispo : une dizaine de policiers fonce immédiatement sur l’équipe. L’implantation était bonne : toutes les issues sont bloquées en un instant, ils n’ont rien vu venir et toute l’équipe est plaquée au sol puis menottée. Tout le monde est interpellé, il n’y a pas de blessé et l’affaire est réussie. En 15 petites secondes, tout est géré, tout est réglé !

Je sors du soum’ et rejoins mes équipiers. On se tape dans la main et tout le monde à le sourire. Ce sont de longues heures de surveillance qui s’oublient tout à coup au profit de cette sensation ambivalente mêlée d’excitation et de satisfaction. On a réussi notre dispositif et on a mis hors d’état de nuire proprement et avec professionnalisme une équipe de voleurs spécialisés dans le fret. On se sent pleinement vivant dans ces moments-là. Ce sont de vraies satisfactions professionnelles qui soudent une équipe et nous font aimer notre métier. Je ne connais aucun flic qui ne soit grisé par cette sensation du flag’ en cours de réalisation et de l’adrénaline générée…

L’interpellation est réussie. Maintenant, c’est le temps de la procédure. Débute une longue période de garde à vue. Peut-être moins excitante mais tout autant importante. Ça fait partie du métier.

J’avais alors 24 ans. Je me souviens comme si c’était hier de cette sensation de satisfaction. On tremble un peu sous l’effet de la décharge d’adrénaline, on s’efforce de rester parfaitement professionnel et cohérent. Et on savoure surtout pleinement l’instant présent. Je me rappelle même de la phrase qui m’a alors traversée l’esprit : «  J’ai vraiment de la chance de faire ce taf ! ». Des années après, elle est restée profondément gravée au fond de moi, véritablement point d’ancrage et de soutien dans des moments parfois plus difficiles.

photo credit: JPC24M via photopin cc


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Réactions à ce billet : 3 commentaire(s)
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lin a dit :

mercredi 14 janvier 2015 00:06:39

Admiration pour le dur métier que vous faites on sans la passion pour ce métier dans votre texte

Pouni a dit :

samedi 10 janvier 2015 14:31:54

Super article ! Quel beau mêtier !

David a dit :

lundi 29 décembre 2014 17:29:55

J'en ai eu des frissons rien qu'à le lire ! Bravo !


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Louis-André Louis-André [13 billets]
Commandant de police, chef de groupe PJ

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