Un métier, une carrière, un avenir

L’école de la patience

10 avril 2015
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Ça fait près de 6 heures que tu es installé au volant de ta voiture de service. Le soleil cogne à travers le pare-brise et il fait plutôt chaud. Pour la énième fois tu vérifies si ta radio Police est bien connectée, car le silence règne sur les ondes. Tu attends. Tu es plutôt mal placé. Tu as eu beau essayer de trouver un emplacement discret pour que tu n’attires pas l’attention dans le quartier, mais ce n’est pas la panacée. Tu te fais tout petit et essaies de ne pas trop te faire remarquer. Tu écoutes discrètement les programmes d’une station FM. Tu as d’ailleurs l’impression que les mêmes chansons passent finalement en boucle. Tu finis même par ne plus les supporter. À force de répétition.

Tu es seul dans l’habitacle. Un quotidien dissimule le cliché de l’individu que ton groupe doit prendre en filature aujourd’hui. S’il se décide enfin à sortir de chez lui… Ça fait en effet deux jours que tout ton groupe est implanté dans le quartier. Plusieurs voitures de surveillance, une moto et un fourgon de planque quadrillent ensemble le quartier. Ton chef de groupe a essayé de tenir tous les axes et organise des relèves pour que la lassitude ne s’installe pas trop. Ou du moins, aussi peu que possible...

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Tout le monde est fatigué, lassé, dépité, et pourtant, il faut tenir !

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Mais il ne se passe rien. Rien de rien ! La porte cochère de cette maison de ville reste désespérément fermée. L’objectif ne sort pas de chez lui. Tu en es d’ailleurs à te demander si le tuyau de cet informateur est fiable ou non… Ça fait de longues journées de travail : tout le groupe commence tôt, finit tard… Tiens… Tu n’as plus d’eau dans ta bouteille et tu as fini ton paquet de biscuits bio. Il n’y a aucun commerce aux alentours. Et de toute façon, tu ne peux pas quitter ton point d’observation. Tu trépignes : tu commences à avoir en plus envie d’aller aux toilettes et tu ne sais pas comment tu vas te débrouiller…

Filature

Tu gardes les yeux fixés sur le point d’observation qui t’est dévolu. Et en même temps, une partie de ton esprit s’évade. Un intense dialogue intérieur s’installe en toi. Tu vagabondes dans tes souvenirs ou tes projets. Tu es à la fois ailleurs et pourtant ici aussi. Tu as une partie de toi qui reste en mode Veille : hors de question de louper la sortie du suspect. Il y a tout ton groupe qui bosse sur cette surveillance et aucun n’a envie de se louper. Ça se joue en un instant, en un clignement d’œil ou en un simple soupir… Tout le monde est fatigué, lassé, dépité, et pourtant, il faut tenir !

Et puis, s’il ne se passe rien aujourd’hui, tout le monde se redéploiera demain à l’identique. L’informateur a toujours été fiable et ses tuyaux sont censés être bons. Même si toi, tu en doutes à ce stade… C’est d’ailleurs cette incertitude qui te taraude le plus au fond de toi… Tu es assis seul dans ta voiture, tout comme le reste de tes camarades, chacun sur son point respectif. Tu n’oses pas en contacter un pour faire part de tes doutes…

Tiens, d’ailleurs finalement, on lève le dispo pour aujourd’hui. Il faut dire qu’il se fait tard et que le suspect ne sortira plus aujourd’hui. La bonne nouvelle, c’est que rebelote demain… Avec une mise en place encore plus tôt… Histoire de minimiser les risques de le louper à nouveau si c’est un lève-tôt…

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Seule l’assiduité est profitable…

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Tenir une planque, c’est toujours difficile, voire même pénible. C’est le quotidien partagé d’un groupe de surveillance. C’est inconfortable et souvent, il ne se passe rien. Il faut alors une sacrée dose d’abnégation et de concentration pour continuer à maintenir un seuil de vigilance correct. Mais c’est la base du boulot.

Un des premiers enseignements que tu apprends lors d’une surveillance, c’est la patience. C’est l’école de la .P.J.  : accepter que parfois il ne se passe rien, que tu vas t’user les yeux et souvent pour pas grand-chose. Ce n’est pas tous les jours Champagne et cotillons… Au contraire… « On tient ! ». Tout est résumé par cette simple phrase. Et pourtant sur la durée, la somme de ces surveillances, parfois vaines, souvent difficiles et opiniâtres, sont celles qui permettent l’aboutissement d’une belle affaire. C’est ce quotidien, les mains dans le cambouis, qui donne les bons résultats… Seule l’assiduité est profitable… Et là, on oublie les heures passées et on tape dans la main de ses collègues. Tout est alors effacé.

Ça tombe bien d‘ailleurs : un nouveau dispo sera mis en place dans quelques jours…

 photo credit: signalétique stationnement (TOULON,FR83) via photopin (license)
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