Un métier, une carrière, un avenir

Le colosse

7 septembre 2016
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Voici une petite anecdote sur les hauts et les bas du genre humain.

Il y a de cela quelques années, je profitais d’une pause dans le commissariat entre deux patrouilles.

Passant devant les cellules abritant les gardés à vue (GAV), je remarque l’un d’entre eux frapper aux carreaux pour attirer mon attention. Un gaillard d’un mètre quatre-vingt-dix, la quarantaine, avec un accent slave très prononcé, plutôt calme. Il désire juste être emmené aux toilettes.

N’étant pas responsable des gardés à vue ce jour-là, je passe la tête dans l’embrasure de porte de la pièce d’à côté et préviens le chef de poste, remarque que mes collègues sont tous bien occupés et me propose donc : « j’emmène le GAV aux toilettes ». Un signe de tête du chef de poste et je retourne vers les cellules.

Il sort de sa cellule et nous traversons un couloir ou il entre avec le sourire aux toilettes. J’attends devant la porte, tranquillement, et ce dernier ressort, déboutonnant totalement sa chemise et se dirigeant vers un lavabo. Cette situation des plus anodines, sans aucun intérêt particulier, je l’ai vécu des centaines de fois, je suis donc détendu, peut être un peu trop, la routine est un ennemi, mais on a justement tendance à vite l’oublier.

pj et dispo

Il se lave les mains et se dirige de lui-même vers sa cellule, je lui emboîte le pas.

Arrivé devant la lourde porte vitrée de la cellule de garde à vue, ce dernier effectue un mouvement étrange, je ne réalise pas sur le coup ce qu’il est en train de faire : Il lève le bras rapidement, bien haut, comme pour toucher le plafond. Le geste n’est pas particulièrement menaçant, je me fige cependant en essayant de comprendre.

La seconde d’après, une pluie de petits morceaux de verres et de poudre nous tombe dessus : le colosse a attrapé un néon d’éclairage situé en hauteur et vient de le briser au-dessus de nos têtes ! Je bondis et tente de le ceinturer, mais ce dernier recule et me bloque entre son dos et le mur. Le bruit de verre a dû s’entendre, mais je n’ai toujours pas eu le réflexe de crier. Je remarque alors qu’il tient l’extrémité du néon dans sa main droite, le verre coupant pointé dans ma direction, et qu’il tente par-dessus son épaule d’atteindre mon visage. La force physique ne joue pas en ma faveur, il fait bien deux têtes de plus que moi et je ne parviens pas à faire grand-chose pour l’immobiliser.

Évitant quelques coups de néon coupant, je repousse l’individu d’un coup de pied chassé et sort mon arme en appelant des renforts. Rapidement de part et d’autre du couloir, des policiers

 équipements Police nationale

arrivent, tonfa* ou menottes en mains. Je range mon arme, mais le GAV tente quand même d’approcher de nous en brandissant son verre coupant, il est repoussé à coup de tonfa mais parvient à s’extraire à chaque fois.

Nous sommes maintenant une bonne vingtaine de chaque côté du couloir, à quelques mètres de lui. L’important est de le neutraliser sans que personne ne soit blessé. Mais ce dernier commence a se taillader le torse (d’où sa chemise qu’il avait totalement déboutonnée en sortant des toilettes) et les avant-bras en vociférant ! À chaque tentative d’approche d’un fonctionnaire, il place le verre sur sa gorge et menace de se la trancher, forçant les effectifs à reculer.

La scène dure ainsi une vingtaine de secondes (qui paraissent durer des minutes) jusqu’à ce que notre individu, dans un accès de folie, fonce tête baissée vers une extrémité du couloir. Il sera mis au sol et menotté trois mètres plus loin, alors qu’il restait pantois devant une fenêtre barrée d’une grille. Hormis les coups de néon qu’il s’est lui-même donné, personne n’est blessé durant la scène.

"

un colosse à l’accent slave a essayé de m’enfoncer un néon dans le visage

"

Lors de l’audition qui va suivre, l'individu sera calme et courtois, il ira même jusqu’à s’excuser auprès de moi, m’indiquant qu’il ne voulait que s’évader et qu’il n’en avait pas après moi. Le lendemain, j’apprenais qu’il avait essayé de s’enfuir du tribunal, se battant avec des collègues en pleine audience et essayant de frapper son avocat…

Si je n’ai jamais douté qu’en cas de pépin, mes collègues arriveraient au plus vite pour me prêter main forte. Si ce GAV n’est qu’un exemple de plus de l’instabilité, la violence et la folie humaine auxquelles nous sommes confrontés dans notre métier, une chose a changé cependant :

Je n’amène plus de GAV aux toilettes sans me rappeler qu’un jour, un colosse à l’accent slave a essayé de m’enfoncer un néon dans le visage, rien de mieux pour éviter la routine et que ce genre de déconvenue se reproduise.

*Tonfa : bâton de défense


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jeremy a dit :

vendredi 30 septembre 2016 01:36:00

Quelques réponses

Bonjour,
Je vais tacher de répondre au mieux à ces multiples questions.

Tout d’abord, il n’y a pas d’inscription en école de police. Il faut en premier lieu s’inscrire au concours de son choix.
Le concours de gardien de la paix est ouvert aux candidats ayant un BAC et celui d’Officier de la Police Nationale à ceux titulaire d’une licence.

Concernant le concours de gardien de la paix, il peut être destiné à des affectations sur l’Ile-de-France ou au niveau national selon le concours que l’on choisit.

Une scolarité de gardien de la paix dure effectivement douze mois dans une école de police (18 mois pour les officiers, la seule école étant celle de Canne-Écluse).

Une fois le concours choisi, il s’agit donc de s’inscrire et de réussir les différentes épreuves (écrites puis orale et sportive – les détails des épreuves et des aptitudes physiques sont disponibles sur ce site).

En cas de réussite à l’examen, l’élève sera convoqué quelques temps plus tard (en général quelques mois, mais les délais varient selon les années) pour commencer sa scolarité dans une école.
On ne choisit pas son école, même si la proximité géographique est en général retenue par l’administration et que certaines dérogations peuvent être exceptionnellement accordées pour de (sérieuses) raisons personnelles. J’ai par exemple été envoyé à l’école de Nîmes alors que j’habitais Paris.

Durant la scolarité, l’élève est noté et des examens viennent achever la formation. Les notes permettent d’établir un classement entre les élèves des différentes écoles, chacun, à son tour, à commencer par le plus brillant jusqu’au dernier, choisissant une affectation dans la liste qui est proposée chaque année.

La majorité des postes sont en régions parisiennes pour une première affectation, mais la encore, l’actualité ou des nécessités diverses peuvent faire varier le choix des postes chaque année, des postes en province étant aussi disponibles, mais souvent peu nombreux.

Concernant l’accès à la brigade de protection des familles tout dépend de ce que votre fille à en tête.
Il y a au sein de chaque commissariat de telles brigades, qui peuvent être atteintes en quelques années sans trop de difficulté (voir en cas de pénurie d’effectifs et en faisant montre d’une grande motivation, dans l’année d’affectation.)

Le premier poste en sortie d’école est en général rattaché à du travail de voie publique (brigade de police secours) en uniforme ou encore dans des bureaux prenant les plaintes ou effectuant les enquêtes courantes.
Selon les villes, une brigade de protection des familles peut donc être atteinte en quelques années, une fois ses armes faites dans des services plus classiques.

Il y a ensuite des brigades de ce type s’occupant d’affaires plus importantes, en général à compétence départementale, qui à force d’assiduité et d’expérience, sont accessibles, il faut plutôt compter 5 ans au minimum (mais souvent bien plus) pour y accéder.

Les changements d’affectations se font sans examen ou concours concernant ces brigades, mais les effectifs qui y incorporés, sont en général des gens d’expérience ou au cursus intéressant pour ces postes.

Il ne faut donc pas oublier qu’avant de travailler dans ces brigades, votre fille aura peut être à faire quelques années en uniforme, à intervenir sur des accidents, des différends, des cambriolages ou encore à faire la circulation ou verbaliser.

Elle devra peut être aussi commencer son travail d’investigation dans des brigades s’occupant des flagrants délits ou des atteintes aux biens, selon les postes vacants dans le commissariat ou elle se trouve.
Ce n’est peut être pas ce à quoi elle aspire, mais c’est à ce prix qu’elle apprendra le métier de policier pour être d’autant plus efficace dans ces brigades spécialisées.

Bien entendu, la progression de carrière est plus rapide en Ile-de-France et dans les grandes villes, mais un examen interne, celui d’officier de police judiciaire (un enquêteur en quelque sorte) permet de spécialiser son profil.
Ce statut est clairement nécessaire pour ces brigades, et l’examen interne (nécessitant quelques années d’ancienneté et se faisant après une formation interne) concerne le droit, le choix de votre fille est donc bon pour ce qui est de son plan de carrière.
Le droit est de toute les manières un atout positif lors du concours pour entrer en école de police (et l’une des composante du concours d’officier de la Police nationale).

N’hésitez pas à vous rendre avec votre fille dans un commissariat de police, en journée, afin de demander si une rencontre avec des enquêteurs de la brigade de protection des familles est possible, cela permettra peut être d’avoir quelques informations plus précises sur leur travail quotidien (qui concerne entre autre toutes les infractions commises par les mineurs, les violences intrafamiliales etc) le parcours des fonctionnaires concernés…si ils ont un peu de temps, je suis certain qu’ils auront plaisir à vous en parler.

En espérant vous avoir éclairé un peu, je souhaite en tout cas bonne chance à votre fille pour ses études et lui souhaite de trouver son bonheur dans notre institution.

Cordialement
jérémy

Anne MONDET a dit :

mercredi 28 septembre 2016 13:34:55

Pour accéder policière en brigade de protection de la famille

Bonjour
Ma fille aimerait rentrer dans la police mais vise un service bien précis celui de la brigade protection de la famille.
Nous habitons Arles.
Question :
1°) Peut-elle s'inscrire dans plusieurs écoles ou pas ?
2°) Il y a-t-il des portes ouvertes sur l'école de Nîmes ?
3°) L'inscription à l'école sur Nîmes pour 2017 a lieu entre 04 et 06. Quelles sont les conditions d'inscription à l'école ?
4°) Si elle est acceptée à l'inscription, les épreuves écrites et orales se feront courant d'année 2017 mais après qu'en est-il si elle réussit son concours ?
5°) Va-t-elle en formation à l'école pour une période de 12 mois ou pas ? Il y a des affectations comment ça se passe ? On est un peu perdu.
Quel est le cursus pour tout ça ? Et comment pourrait-elle accéder au service en question et sur combien d'années car je pense aussi qu'il doit y avoir d'autres concours par la suite si les policiers veulent intégrer des services, non ? Bref... Elle a commencé en 09/2016 une licence de droit. Elle a eu son bac L (littéraire cette année). Conseillez-vous qu'elle fasse du droit ou pas ? Si oui pourquoi ? Merci pour toutes vos réponses ! Cordialement

fiiqa a dit :

jeudi 29 septembre 2016 11:26:34

En attendant la réponse d'un fonctionnaire de police, voici la mienne ; non on ne pas s'inscrire dans plusieurs écoles, d'ailleurs ça ne marche pas du tout comme cela ; une fois notre concours passé et si on est admis, on nous impose une école dans laquelle on effectue notre scolarité, celle-ci est choisie en fonction des postes dispo et non du secteur géographique. Il y a tout de même possibilité de permuter officiellement dans une autre école.
Donc pour commencer il n'y a pas d'inscription à une quelconque école mais à un concours : celui de gpx ou d'ads. L'école et le reste, c'est imposé.
La période de scolarité s'étend de 6 à 12 mois en fonction des écoles et des périodes, une fois faite, il y a encore une année de stage qui suit dans la foulée. Le service d'affectation pour le stage est choisi par l'élève ayant réussi sa scolarité en fonction de sa place au classement (s'il est premier à la fin de l'école, et qu'il désire être à Lyon, il pourra choisir Lyon comme lieu d'affectation si celui-ci est dispo). Pour le reste, tout est sur le site.
Et oui, votre fille peut continuer la fac en attendant le prochain concours de gardien de la paix comme je l'ai fait, c'est en fait une très bonne idée étant donné qu'elle apprendra des notions utiles pour les écrits de ce concours.
Bon courage pour la suite.


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