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Les violences conjugales : mode d'emploi

24 novembre 2016
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Bonjour à tous !

Depuis quelques années, je suis référente « violences conjugales » au sein de mon commissariat.

C'est une fonction peu connue mais présente dans tous les commissariats. Nous sommes les interlocuteurs privilégiés des associations ou du Tribunal dans cette matière.

Pour cette fonction, j'ai fait un stage d'une semaine sur le thème des violences au sein du couple.

C'était très concret car chacun a pu parler de ses expériences avec les femmes victimes de violences conjugales qui sont, à mon sens, encore mal comprises.

Je voudrais vous expliquer cette problématique.

Tout d'abord, il faut savoir qu'il n'y a pas de femme « type », victime de violences conjugales. Elles peuvent être femmes au foyer mais aussi employées, enseignantes ou même, comme j'ai eu une fois, psychologue.

Audition deux femmes

Les violences ne sont pas soudaines au point de faire réagir ces femmes.

La plupart du temps, ça commence avec des réflexions désobligeantes ou blessantes. S'ensuivent des insultes ou des rabaissements.

Dans le même temps, l'isolement arrive doucement. La victime voit moins sa famille et ses amis.

L'homme (en général) est très poli, courtois et aimé de l'entourage mais est complètement différent au sein de son foyer. C'est pourquoi même si vous côtoyez une de ces victimes vous ne le voyez peut-être pas…

Cette période d'insultes et remarques peut être variable et peut être de quelques mois à plusieurs années avant que les coups arrivent. Tout dépend du caractère de la victime.

Quoi qu'il en soit, un jour la gifle arrive…

L’épouse ne comprend pas la plupart du temps et dès le lendemain, il s'excuse, fait un cadeau et redevient l'homme qu'elle a connu et aimé. Elle ne dira rien…

Tout se passe mieux pendant quelque temps, là encore d'une période variable.

Et le cercle vicieux recommence : les brimades, les insultes, les critiques et les coups… Les périodes deviennent de plus en plus courtes. Tout ça se fait bien sûr de manière progressive pour que l'inhabituel, devienne habituel.

La réaction de la plupart des gens va être « mais pourquoi elle reste alors ? »

C'est là que la formation est utile pour nous. En fait, quand les coups arrivent, elles sont déjà dans un état de dépendance extrême envers leur conjoint. Ça peut être une dépendance financière et/ou affective (elle l'aime) et il y a aussi les enfants.

En clair, s'il n'est plus là, elles sont perdues… Tout du moins, elles en ont l'impression.

Aussi, quand elles arrivent à franchir la porte d'un commissariat, si elles arrivent à déposer plainte, là encore, la plupart du temps, elles la retireront quelques jours après pour diverses raisons.

Elles peuvent faire ces démarches plusieurs fois et les collègues peuvent avoir l'impression de travailler pour rien alors que pas du tout !!

A chaque fois, c'est un pas de plus pour elles où elles peuvent se prouver qu'elles peuvent faire les choses seules. Elles vont aussi « tester » les forces de police, les associations vers lesquelles on peut les orienter et leur capacité à faire les choses seules : Est-ce qu'on les croit ? Est-ce qu'on les soutient ? Est-ce qu'on leur propose des solutions ?

"

Un jour la gifle arrive…

"

Comme elles n'ont plus cette force mentale, elles la cherchent autour et le fait que la police soit toujours là, leur montre qu'elles ont raison même si elles ne sont pas prêtes. Le jour où elles le seront, elles auront déjà fait toutes les démarches pour ré-apprendre à vivre seules.

Il faut savoir enfin que la majorité des homicides conjugaux ont lieu au moment de la séparation. C'est pourquoi, il n'est pas toujours opportun de conseiller à une femme de quitter son mari sans s'être préparée avant.

Elle peut par exemple, préparer un sac qu'elle cachera dans l'appartement ou mettra chez des amis/familles avec quelques affaires, des papiers utiles (impôts, salaire, livret de famille, passeport…) au cas où elle doive partir en urgence. Les associations ont aussi un rôle important de soutien. Car le temps qu'elle passera à ses côtés en cas de conflit est du temps de trop où tout peut arriver.

Mais rassurez-vous, beaucoup de victimes réagissent et quittent leur conjoint dès les premiers faits mais malheureusement, celles qui subissent le plus, sont celles que l'on voit le moins dans les commissariats.

J'espère, en tout cas, vous avoir fait changer de point de vue sur ces victimes un peu particulières.

A bientôt !


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Caro a dit :

mercredi 18 janvier 2017 13:58:21

Violences conugales

Bonjour Johann!

Effectivement, je n'ai pas pu tout mettre dans mon article déjà un peu long! blunk
Les auteurs de ces violences peuvent avoir un passé qui explique leur comportement mais pas seulement. Ça peut aussi venir d'un problème à gérer la frustration la colère ou tout simplement culturel (les femmes n'ont pas leur mot à dire dans certains pays).

Concernant le côté judiciaire, son passé sera évidemment pris en compte car le principe en France est de juger un individu et non un fait.
Pour la prise en charge, elle peut être (et même souvent) imposée par le Tribunal. L'auteur est condamné à de la prison avec sursis avec obligations de soins. S'il ne justifie pas de démarches de soins, son sursis peut être révoqué.
Récemment des stages "violences conjugales" ont été mis en place par les tribunaux. Stages imposés et payés par l'auteur

Il y a aussi des associations qui, à leur demande, peut les recevoir et les aider. Mais peu d'hommes font cette démarches sans y être obligés.

J'espère avoir répondu à ta question.
A bientôt! happy

Johann a dit :

mardi 17 janvier 2017 15:27:33

les violences conjugales

Bonjour Caroline,
Il convient également de souligner que les hommes, auteurs de violences, ont souvent été eux mêmes victimes. Je m'explique, ils ont vu faire et ils reproduisent à leur tour.
Existe-t-il une prise en charge de ces hommes auteurs et victimes ? est-ce-que la justice tient compte de cette situation au moment de son jugement ?
Johann


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