Un métier, une carrière, un avenir

Nous ne sommes rien seul, mais ensemble nous sommes tout

21 octobre 2014
4 commentaire(s) Recommander à un ami
Noter cet article :

Merci d'avoir participé !

Vous avez déjà noté cette page, vous ne pouvez la noter qu'une fois !

Votre note a été changée, merci de votre participation !


Ecusson BAC 94

Un mardi comme un autre du mois de septembre…

Comme à mon habitude j’arrive à mon bureau vers 18h, alors que je ne commence qu’à 19h officiellement. J’aime cette heure, où je prends le temps de m’habiller, de m’équiper, de brancher la radio et de prendre l’ambiance du département.

18h30 : un appel radio signale un blessé par balle en plein milieu d’une cité du département.
Les premiers effectifs arrivés annoncent qu’il y a énormément de monde sur place, que le climat est électrique. D’expérience, quand un événement de ce genre survient, les habitants ressentent le besoin d’exprimer leur frustration et leur stress en nous agressant verbalement. C’est pour cette raison que ce type d’intervention nécessite beaucoup d’effectifs de police. Certains pour s’occuper du blessé et mener l’enquête, et les autres pour assurer un périmètre aux premiers suffisamment large pour leur permettre de travailler.
Cette seconde tache revient à mon unité.

19h02 :  nous partons en convoi de sept véhicules avec gyrophare et deux tons allumés. Les usagers de la route nous regardent passer avec étonnement. Dans nos voitures, c’est le silence absolu. Chacun sait ce qui l’attend.

19h10 :  nous stationnons les véhicules à moins de 100m du blessé. Au même moment, les collègues de jour présents sur place appellent à l’aide. Les badauds des premiers moments ont laissé la place à une foule hostile à notre encontre. Le faible périmètre mis en place autour des secours menace d’être enfoncé d’un instant à l’autre.
Nous accélérons le pas, et pénétrons sur la place en courant. Il y a au moins 400 personnes sur une place de 100 mètres carrés. Les collègues sont en difficulté.
Je donne de la voix, nous renforçons le périmètre. L’effet de surprise a fonctionné. La foule a reculé d’au moins quinze mètres. Nous en profitons immédiatement pour avancer. Une fois le dispositif mis en place, je me recule un peu pour avoir une vue d’ensemble.
De ma position je vois comme « une mer » de gens. La foule fait des vagues, les individus se déplaçant par groupe d’un bout à l’autre de la place que nous leur avons laissé. Cette marée humaine n’est retenue que par un fil, nous.
Je sais que ce fil peut paraître très fragile et menace de rompre à tout instant, mais je connais chacune des personnes qui le compose, je n’ai pas peur, j’ai confiance en eux, en leur réaction, en leur capacité.

Le climat est de plus en plus chaud. D’expérience, je sais que cela va invariablement déboucher sur des violences. La famille du blessé arrive sur place, c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres. Leur émotion est sincère, et les pleurs vrais.

Il n’en faut pas plus pour que la foule se déchaîne. Les individus, éprouvant certainement un sentiment d’impunité et de puissance du fait du nombre, essayent de nous enfoncer en plusieurs points. Nous n’avons pas d’autre choix que de faire usage de gaz lacrymogène. L’effet est immédiat, nous gagnons à nouveau trente mètres. Nous reformons une ligne stricte et impénétrable. Nous recevons des projectiles, mais nous ne bougeons pas. Après plusieurs dizaines de minutes, la tension retombe.

Au final, notre intervention n’a provoqué aucun blessé ni dans la foule, ni chez nous. Mais sans elle, toutes les traces et indices de la scène de crime auraient été souillées, et la police judiciaire n’aurait pas pu être efficace.

Ce jour là, particulièrement, j’avoue avoir été très fier de commander cette unité. Nous n’avons pas simplement fait notre boulot. Nous avons subi une pression énorme pendant plus de trois heures, l’usage de la force a été très strictement proportionné, et exactement quand il le fallait. Pour en avoir parlé après coup, tous ensemble, le sentiment général était que nous savions que sur cette intervention, nous étions invincibles, car nous maîtrisions très exactement ce que nous faisions. L’esprit de corps était à son paroxysme.

C’est pour des moments comme celui-là que je suis devenu flic.


4 commentaire(s) Recommander à un ami
Noter cet article :

Merci d'avoir participé !

Vous avez déjà noté cette page, vous ne pouvez la noter qu'une fois !

Votre note a été changée, merci de votre participation !

Réactions à ce billet : 4 commentaire(s)
Afficher tous les commentaires

Kevin a dit :

dimanche 02 novembre 2014 11:07:55

Information

Bonjour, je m'apelle Kevin et je suis hors sujet mais j'ai besoin d'information je vais bientôt faire les démarches nécéssaire pour l'école de police et j'aimerais savoir après l'obtention du diplôme peut ont choisir le commissariat? J'habite en régions parisienne et j'aimerais rejoindre ma copine qui habite dans la régions de Hérault. Donc je voulais savoir si c'était possible de rejoindre cette régions vers Montpellier...

Cordialement.

David a dit :

lundi 10 novembre 2014 15:04:07

Si je dit pas de bêtises, à la fin de ta scolarité à l'ENP tu es classé et tu as un nombre de places définies, le premier choisi etc etc

David a dit :

mardi 28 octobre 2014 15:21:42

Bravo

Bravo ! Très bon billet, je l'ai dévoré ! J'ai un profond respect de votre métier ! Intervenir dans des situations très dégradée pour sauver une vie au péril de son intégrité physique, il faut être passionné ! J'ai été admis au concours GPX et j'attends le sport avec impatiente et les oraux également pour montrer que j'en veux !! Lire ce billet ne fait qu’accroître cette envie ! Bravo encore !

David un Gendarme Adjoint

Poun a dit :

jeudi 23 octobre 2014 13:31:36

Très bon article, représentatif de la cohésion que l'on doit vivre au sein de ces unités !
J'ai le projet de devenir officier de police, afin d'avoir un mêtier de terrain , l'officier est il donc au coeur des interventions ?

Cédric a dit :

vendredi 24 octobre 2014 18:56:31

re

Bonjour, Poun,

merçi pour vos commentaires,

notre métier a ceçi de formidable qu'il y a une multitude de métiers possibles. Oui les officiers de bac sont en général au coeur des interventions, surtout celles de ce genre là, pas parce qu'on est officier mais surtout parce qu'on est en bac.

Poun a dit :

lundi 27 octobre 2014 20:42:32

Merci ! Et bravo pour ce beau mêtier, de tout ce que vous faites pour nous !

Benjamin a dit :

jeudi 23 octobre 2014 19:41:43

Un témoignage intéressant et réaliste


Les contributeurs inactifs

Le blogueur


Cédric Cédric [4 billets]
Capitaine de police en BAC

Par le même auteur


A nos collègues...

16 avril 2015

Cela fait un petit bout de temps que je n’ai pas écrit d’article pour le blog. L’inspiration m’a manqué en...


TOC, TOC, POLICE

13 novembre 2014

Il y a quelques années, j’exerçais mes modestes talents en bac dans le centre de notre belle capitale. Comme il...


Présentation

24 septembre 2014

Quand j'y repense, je ne sais pas exactement pourquoi je suis rentré dans la police. Mais je savais que ma place...