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OPE ORPI (opération orpaillage)

16 juin 2016
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En qualité d'officier de police judiciaire (OPJ) de la police aux frontières (PAF) en Guyane française, nous avons le droit à un briefing sur l'organisation de la mission, remise des téléphones satellites et donner les diverses consignes judiciaires.

Bien calé dans la P4* de la Légion étrangère, mon conducteur est un caporal-chef, à l'arrière un soldat 2ème classe à sa tête calée sur son Famas (fusil d'assaut de la manufacture d'armes de St-Étienne), fermant ses yeux. Il est 3h du matin, nous sortons pour une mission de lutte contre l'orpaillage illégal en Guyane française.

Après quelques mots échangés, dans un français approximatif, avec le légionnaire d'origine de l'Europe de l'Est, le vieux diesel démarre, la voiture s'élance...

Nous rentrons sur une piste, il fait nuit. Seuls les phares des voitures éclairent la **latérite, pour éviter les nombreux trous. De grosses bestioles ailées viennent se suicider sur les phares ou sur le pare-brise, par dizaine.

Après quelques heures de piste, le convoi s'arrête, nous sommes huit policiers de la PAF avec une dizaine de légionnaires français, qui nous prêtent mains fortes. Les groupes se font rapidement. Je me retrouve avec trois légionnaires. Notre mission : bloquer les pirogues brésiliennes de ravitaillement qui déchargent du matériel pour les sites illégaux d'orpaillage en Guyane française.

Mission en Guyane

Nous marchons encore pendant une heure dans la jungle, tous en rang, en file indienne ; il fait nuit, on passe sur des vieilles voies de chemin de fer oubliées par l'homme et reprises par la nature, le pont suspendu est d'époque, les planches sont toujours là, mais pourries et clairsemées, plus bas à quelques mètres un cours d'eau noire et boueux..."Faut pas se rater...!!", dis-je à mon voisin. Nous passons des gués où l'eau nous arrive au niveau du torse, le "Sig"*** bien calé dans son étui : "il est étanche au fait ??? Trop tard, c'est fait !!"

Puis nous arrivons, sur le site en question. Après avoir fait un repérage avec mes compagnons de mission, nous nous positionnons sur un îlot envahi par la nature, à proximité directe du passage des "garimpéros" (chercheurs d'or brésiliens).

Quelques barres énergétiques englouties, la mission prend sa mesure et l' ambiance commence à être tendue : un légionnaire scrute les environs avec ses jumelles, un second tente de joindre par radio son responsable, le troisième tient fermement son Famas, ici, les garimpéros tirent pour se dégager de situations risquées, ils n'ont rien à perdre, ici, la vie humaine ne vaut rien, ou pas grand-chose... Le jour se lève en forêt tropicale humide guyanaise, il est 6h30.

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Nous intervenons avec rapidité, mais malgré cela, la distance qui nous sépare de nos objectifs est de cent mètres

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Une pirogue brésilienne arrive au loin et accoste à proximité de notre position, je fais signe aux légionnaires d'attendre encore, ces derniers sont prêts à bondir comme des jaguars sur leur proie. Il faut que j'use de diplomatie pour les garder encore près de moi. J'attends le bon moment, le déchargement sur berge, pour donner le "top" !

Nous intervenons avec rapidité, mais malgré cela, la distance qui nous sépare de nos objectifs est de cent mètres. Un autre groupe d'intervention de la PAF intervient au même moment que nous. Malgré notre rapidité d'action et la surprise créée, le piroguier réussit à prendre la fuite. Mais notre manœuvre n'a pas servi à rien, nous avons pu récupérer, quelques porteurs brésiliens ainsi que du matériel : essence, corps de pompe, vivres, destinés à alimenter un site illégal.

Je vous passe les détails du rapatriement, de la confiscation du matériel, des procédures judiciaires à effectuer, mais quel bonheur d'intervenir au fin fond de la jungle en Amérique du Sud, pour défendre les valeurs et les lois françaises, ça change de Paris, où j'ai fait 15 ans...

* P4 : véhicule léger de transport de personnes.

** latérite : Sol rouge vif ou rouge-brun, très riche en oxyde de fer et alumine, formé sous climat tropical.

*** "Sig" ou Sig sauer : arme administrative du policier.


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