Un métier, une carrière, un avenir

P.J. et disponibilité

20 novembre 2014
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pj et dispo

L’un des éléments parmi les plus caractéristiques d’une affectation en Police Judiciaire est la disponibilité. Plus qu’un terme, il s’agit d’une vraie notion identitaire qui, poussée parfois à son extrême, est un des marqueurs identitaires de cette direction d’emploi.

Les horaires de travail sont dits être sous le régime cyclique. Ça veut dire qu’en principe on travaille du lundi au vendredi, le plus souvent 08h30 – 12h00/ 14h00 – 18h30, avec deux jours de repos le week-end. S’y ajoutent des astreintes hebdomadaires, rétribuées, qui reviennent tous les deux mois en moyenne.

Mais ces horaires de semaines ne sont qu’indicatifs. L’actualité des groupes fait qu’il est impossible de prévoir. S’il peut y avoir parfois des moments de calme, il faut bien reconnaître que d’une façon générale, le rythme est particulièrement trépidant en P.J. et les heures supplémentaires incontournables.

Une semaine habituelle peut être faite par exemple d’une suite de surveillances opérationnelles pour préparer une interpellation de malfaiteurs au petit matin. Il s’ensuit alors une séquence de garde à vue qui peut durer jusqu’à 4 jours. Auditions de mis en cause ou de témoins, investigations diverses, éléments de téléphonie, évaluation des avancées /compte rendus : la garde à vue est une mécanique bien huilée où chaque membre du groupe sait quel rôle il doit tenir et où le travail s’enchaîne. C’est aussi une période épuisante pour le groupe : on dort généralement peu… Par la succession d’actes d’enquête à réaliser, mais aussi et surtout car il s’agit immanquablement d’une belle affaire motivante, on se sent ainsi porté par l’événement et il est très dur de déconnecter après le service en revenant chez soi. Le cerveau continue à tourner à plein régime… Au terme de la garde à vue succède la phase du déferrement. Il s’agit de présenter le mis en cause devant le magistrat et la procédure ainsi diligentée, à charge et à décharge, pour que ce dernier décide de la suite à donner au dossier. Ce sont les effectifs PJ qui escortent le mis en cause lors de sa présentation devant la justice, puis qui le transfèrent le cas échéant jusqu’à la maison d’arrêt. Ça rajoute ainsi bien une bonne journée supplémentaire aux épuisants jours de garde à vue. Et pourtant, ça fait partie du métier : il faut le faire… Endurer la fatigue et quelque part la lassitude aussi, tout en gardant sa pleine attention.

On rentre alors le soir complètement lessivé. On prend une douche, puis un vrai repas. On essaie d’être un peu plus présent pour la famille. C’est d’ailleurs cette dernière qui fait probablement le plus les frais de ces horaires et de ce rythme de travail atypiques. Et alors qu’on essaie de se remettre, de déconnecter, le téléphone sonne… On est rappelé au service parce qu’il y a par exemple un renseignement important qui vient de tomber et qui va permettre de faire avancer considérablement un autre dossier du groupe et qui périclitait depuis quelques semaines. On s’habille et on fonce à la brigade. Les mines sont un peu défaites, tout le monde ressent la fatigue. Et pourtant : c’est bel et bien un beau tuyau qui nous arrive. Ça en vaut vraiment la peine ! Et là, on part pour plusieurs jours de surveillance à attendre sur la voie publique le bon créneau pour procéder à l’interpellation, avec en ligne de mire une nouvelle séquence de garde à vue, qui succédera à la précédente… Le week-end est annulé, tout comme les projets familiaux. C’est le boulot qui veut ça. C’est en cela la vraie disponibilité en PJ : continuer à avancer bien qu’on soit justement fatigué… Mon premier chef de groupe avait d’ailleurs cette phrase qui pouvait se conjuguer dans plein de registres : «  On tient ! »… Je lui en voulais à l’époque, et ne le comprenais pas forcément toujours alors. Et pourtant, c’était lui qui avait raison…

Chaque affaire résolue et aboutie est le résultat de ces efforts individuels cumulés, de cette lutte contre la fatigue. Sport d’équipe et vraie résistance, motivation et professionnalisme : les vraies caractéristiques de ce quotidien P.J.

Travailler en P.J., c’est la certitude d’horaires souvent décalés ou bouleversés, de maux de tête et de difficultés du quotidien à gérer tout en restant concentré sur son activité professionnelle. Mais c’est aussi la certitude d’une vie d’aventure, d’imprévu, d’adrénaline, toute entièrement tournée vers l’aide et l’assistance aux victimes. Ce sont pour elles et pour les valeurs fondatrices de ce boulot de policier que nous nous impliquons. Cette forme d’héroïsme au quotidien et au sens noble du terme me parait être l’un des marqueurs les plus importants des policiers.

Protéger et servir.

 photo credit: Amelien (Fr) via photopin cc
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Camille a dit :

jeudi 05 février 2015 14:56:30

police judiciaire

Bonjour,
Je prépare actuellement le concours professeur des écoles, mais depuis plusieurs années j'avoue être attirée par d'autres métiers notamment dans la police. Durant mes années de psychologie, j'ai voulu partir au Canada pour rentrer dans une école de criminologue, mais le projet n'a pas abouti, faute de moyen, d'optimisme et autres raisons. Une idée que j'avais déjà envisagée m'a poussé a me renseigner sur la formation d'OPJ. Mais avant de m'engager ou plutôt me désengager de la filière dans laquelle je me trouve (IUFM) je voudrais être sur de ce dont j'ai envie. Or je ne suis pas sur d'avoir une réelle idée du métier. Grande lectrice de roman policier en tout genre j'ai en effet peur d'avoir une fausse image du travail effectué. J'ai conscience que les livres ne reflètent pas entièrement la vérité (je parle des auteurs français bien entendu) mais je ne sais pas vraiment où se trouve cette réalité justement. Pensez vous qu'il est possible de m'éclairer sur la différence entre fiction et réalité ? J'ai trouvé des articles vis a vis des séries françaises mais je ne suis pas une grande fan de celles ci, préférant lire des policiers français.
Je suis désolée mon commentaires est un roman, je ne savais pas vraiment où me renseigner.
Cordialement

Agathe a dit :

samedi 27 décembre 2014 16:21:28

Police Judiciaire

C'est un très joli article happy
J'admire le travail que vous faites !
J'espère un jour intégrer ce service de police judiciaire...

Louis-André a dit :

vendredi 23 janvier 2015 12:25:57

@ Agathe : ne vous posez pas de question et foncez ! Vous trouverez sur ce site institutionnel de nombreux éléments de réponse pour les phases de recrutement et les divers métiers de la Police.


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Commandant de police, chef de groupe PJ

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