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Quand l'escroquerie à la Yes Card ne paye plus...

18 mars 2013
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Il est 10h, je vaque à mes occupations habituelles lorsque je reçois un coup de fil du service fraude d'une société bancaire.
Mon interlocuteur m'informe alors qu'une boutique de l'aéroport vient d'être victime d'une tentative d'escroquerie par un individu ayant voulu acheter une montre de luxe d'un montant de 27 000 € avec des cartes bancaires refusées lors du paiement.

Ma chance, c'est d'avoir dans mon service des effectifs en civil très réactifs et qui connaissent parfaitement le terrain, les effectifs du groupe de voie publique. En moins de 10 minutes, ils sont sur place, en train de recueillir toutes les informations nécessaires auprès de la gérante de la boutique... et 5 minutes plus tard, les deux auteurs, déjà en salle d'embarquement en vue de prendre un avion, leur sont désignés par la commerçante et interpellés.

Passée l'urgence de vérifier les faits signalés, rechercher, identifier et interpeller les auteurs, vient la phase d'enquête, qui allait nous réserver bien des surprises.

Il nous arrive régulièrement d'avoir affaire à des escroqueries bancaires, le plus souvent avec des gens qui ont volé une carte bleue et qui s'en servent pour effectuer des réservations de vol.

Cette fois, dès la fouille des bagages, nous avons compris que la procédure ne serait pas tout à fait la même : en tout, une cinquantaine de cartes bleues étaient découvertes, pour moitié au nom de l'un et pour moitié au nom de l'autre.

Venu au service, le responsable du service fraude de la société bancaire qui m'avait signalé les faits, nous confirmait que toutes les cartes étaient contrefaites. En revanche, il nous expliquait que si les bandes magnétiques renvoyaient bien aux identités des escrocs, elles correspondaient à des comptes bancaires appartenant à d'autres personnes vivant en Australie, aux Etats-Unis, etc.

Bon, là c'est encore plus clair, on a des bons escrocs, visiblement calés en matière de falsification de moyen de paiement.

Ce sont les auditions qui vont alors nous révéler un mode opératoire que nous étions loin d'imaginer.

Dans un premier temps, ils nous expliquent qu'ils sont tous les deux commandités par un troisième homme, qui leur fournit les cartes et une liste de marchandises à acheter, et que 10% de la valeur de ce qu'ils achètent leur revient.
Ils précisent aussi qu'ils avaient déjà réalisé une première mission de ce type, un mois plus tôt dans un aéroport allemand, où ils devaient acheter pour 250 000 euros de marchandises, mais qu'ils n'avaient finalement pu acheter que pour 70 000 euros.

Les secondes auditions permettaient de mettre en lumière un système bien plus vaste et particulièrement bien structuré : en effet, les mis en cause expliquaient que des équipes organisées opéraient des repérages dans les boutiques des aéroports, avant que l'équipe d'acheteurs ne soit envoyée.

Une fois le départ des acheteurs prévu, ceux-ci se voyaient remettre les cartes bancaires contrefaites qu'ils devaient signer, ainsi qu'une ville de destination. C'est alors que les déplacements étaient orchestrés en temps réel, par téléphone portable par lequel ils recevaient au fur et à mesure le détail des déplacements à effectuer : prochaine destination, terminal d'un aéroport, nom d'une boutique et article à acheter.

Il faut être réaliste, un tel réseau d'escrocs utilisant la technique de la " YES CARD ", pour mon unité, plutôt habituée aux petites infractions du quotidien, ça devenait un peu compliqué à traiter.
Dans des cas comme celui là, il faut connaitre ses propres limites et laisser faire les spécialistes.

Nos deux mis en causes ont donc été présentés à un magistrat, placés en détention, et puis la suite de l'enquête a été confiée à un service spécialisé...

Une affaire qui a été très intéressante à traiter, enrichissante pour nous tous, nous permettant d'apprendre beaucoup sur des modes opératoires qui nous étaient inconnus jusqu'alors et qui a eu le mérite de sortir de l'ordinaire !

©DRCPN/SDFDC/DREC/MPRPC


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Réactions à ce billet : 5 commentaire(s)
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Anonymous69 a dit :

vendredi 04 juillet 2014 00:23:31

c' est bien, il faudrait en stopper plus souvent, mais c' est très bien!happy

Olia a dit :

jeudi 02 janvier 2014 00:47:11

hello all

www.lapolicenationalerecrute.fr est très instructif . Il est souvent toutes les informations appropriées sur les suggestions de mes doigts . Merci et maintenir le travail de qualité supérieure ! . Je reviens bientôt!

Loïc a dit :

mardi 28 mai 2013 15:15:00

@Steph.
Merci pour ces éléments.

Je précise toutefois que depuis 2001, le code monétaire et financier prévoit que le titulaire d’une carte de crédit peut obtenir le remboursement par sa banque d’un paiement non autorisé, en cas d’opération frauduleuse par utilisation d’une carte contrefaite ou des données liées à la carte sans utilisation physique de la carte restée en possession de son titulaire.

Si les banques ont tendance a demander un dépot de plainte pour rembourser le titulaire de la carte, ceci n’est absolument pas exigé par le code monétaire et financier…il faut donc insister.

A bon entendeur…

Steph a dit :

jeudi 16 mai 2013 15:12:34

Très facile, trop facile a fabriqué. La Yescard existe depuis plus de 10 ans. Grace a de mince améliorations dans la sécurité des CB, il n'est désormais plus possible de créer de toute pièce une carte, mais celle-ci sont des clones de carte réel ou seul la ratification (code secret) répond toujours oui.

La véritable victime n'es donc pas le commerçant, mais la personne qui s'est fait "cloner" sa carte et qui aura extrêmement du mal a se justifier face à sa banque qui n'a aucun intérêt à mettre sa propre responsabilité en cause.

FELICITATION donc pour cette arrestation, car n'importe qui peut en être victime (riche, pauvre).

PS: Relire de code de cette carte "émulateur de CP8" peut permettre de remonté jusqu'à la source, ou au moins de l'associer a d'autre fraude de ce type.

steven a dit :

dimanche 31 mars 2013 23:50:28

belle debauche d energie


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